Un héritage guaraní qui a traversé les siècles
Le partage du maté relève directement d’un héritage du peuple Guaraní, un peuple indigène vivant au croisement entre l’Argentine, le Paraguay et le Brésil.
La forme que prend la consommation de la yerba mate est demeurée inchangée au cours des siècles. Les Guaranís mélangeaient les feuilles de yerba mate dans une calebasse et ajoutaient de l’eau. Le mot « maté » est un terme dérivé du quechua mati ¹, qui signifie « calebasse ».
Aujourd’hui encore, la calebasse constitue le récipient le plus traditionnel et le plus courant pour boire du maté. L’eau ajoutée par les Guaranís pour infuser les feuilles pouvait être froide, ou chaude (elle était alors chauffée dans un bol en argile qu’ils nommaient ytakugua et dont la forme permettait de verser directement l’eau dans la calebasse).
Les Guaranís buvaient ensuite cette infusion en filtrant les feuilles avec leurs dents, ou en utilisant des petits tuyaux qu’ils nommaient tacupai. Ils étaient faits de tacuara (une espèce de bambou poussant dans la jungle Paranaense) et avaient parfois un filtre en crin de cheval à leur extrémité.
C’est ainsi qu’est née ce que l’on appelle aujourd’hui la bombilla, la paille utilisée pour boire le maté.
Le partage est l’essence de la yerba maté
Lorsqu’ils ont découvert cette plante qui leur apportait énergie, force et santé, c’est naturellement que les Guaranís l’ont partagée, comme l’avait été selon la légende le premier maté.
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Le partage est l’essence de la yerba mate, il est ancré dans son ADN. C’est un noble héritage qui a traversé les siècles sans jamais s’éteindre.
Aujourd’hui encore, le maté se partage en ronde, tout comme le faisaient anciennement les Guaranís pour rendre hommage à leurs proches. Lorsqu’ils perdaient un membre de leur famille, ils l’enterraient et plantaient un arbre de yerba mate au même endroit. Consommer les feuilles de cet arbre était une façon de sentir que ce proche vivait encore en eux.
Par la suite, les Guaranís ont pris l’habitude de se réunir autour du feu qui servait à chauffer l’eau et la ronde du maté a perduré.
Le rituel du maté
Toute personne pouvait être le cebador ou la cebadora, la personne initiant le rituel. La ronde du maté ne distingue aucun statut, genre ou âge. Elle ne fait aucune hiérarchie. Elle rend horizontal tout ce qui est vertical, et laisse ainsi librement place au dialogue, au rapprochement, à la rencontre, au silence. Le mysticisme de la cérémonie du maté gagne aussi bien le le cebador ou la cebadora que les autres membres de la ronde.
Cebar est un art, cela signifie « repartir alimentando », « distribuer en nourrissant » ou « partager en nourrissant ». Cela s’oppose à « servir », qui est un acte mécanique. Le maté est la seule boisson au monde qui ne se « sert » pas. Cebar est un acte intentionnel, déterminé, qui requiert affection, dévouement, désir de partager un maté plaisant tout au long du rituel.
Le maté passe de main en main spontanément et c’est l’héritage le plus visible du principe guaraní de réciprocité. La bombilla (paille) est un élément sacré du rituel. Elle unit, rend explicite l’acte collectif de partager et crée une intimité entre les intégrant·es de la ronde. Le rituel du maté a une dimension magique qui transcende le temps.
Lorsque nous sommes seule·s, il devient le compagnon qui nous offre le temps de nous prêter à la réflexion, à l’introspection, il libère notre inspiration, nous transporte, nous apporte lucidité, force et paix.
C’est ce qui lui confère une valeur affective aussi importante pour les millions de personnes dont il partage le quotidien.
¹ Le maté plus ancien découvert à ce jour date d’il y a plus de 3500 ans. Il a été trouvé sur le site archéologique de Huaca Prieta, sur la côte nord du Pérou, par l'archéologue états-unien Junius Bird. Il s’agit d’un maté burilado, une calebasse sculptée et peinte véhiculant une histoire par des images entrelacées, renvoyant à une scène de la vie quotidienne, familiale, une légende, un mythe, un rituel... L’histoire se lit de manière circulaire. Ce maté se trouve actuellement au Musée National de la Culture Péruvienne, à Lima.
